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Pour un autre futur !


LA RÉVOLTE DES CANUTS

Publié le 19 Novembre 2012, 11:43am

LA RÉVOLTE DES CANUTS

Le 22 novembre 1831 éclate sur la colline de la Croix-Rousse, au nord de Lyon, la révolte des canuts. La révolte se propage dans tous les quartiers ouvriers de la métropole.

On est au début de la Révolution industrielle... Le mot paupérisme, importé d'Angleterre en France en 1822, exprime le sentiment général que l'enrichissement de la bourgeoisie se paye de l'appauvrissement de la classe ouvrière.

À Lyon, les canuts, dont le nom vient du mot canette, ou bobine, sont des artisans qui tissent la soie à domicile sur leur propre métier à bras. Ils travaillent pour le compte des soyeux (les patrons négociants) qui leur fournissent la matière première et récupèrent le produit fini.

Mais qui sont les Canuts ? Ce sont les hommes et les femmes qui au XIXe siècle, à Lyon, capitale de la soierie tissent les somptueux tissus, qui s’exportent dans le monde entier. Ils sont environ 38 000 (8 000 maîtres artisans, 30 000 compagnons) regroupés dans de petits ateliers principalement dans le quartier de la Croix Rousse, puis à Saint-Georges, dans le Vieux Lyon, la Guillotière et Vaise.

C’est l’époque où s’applique la loi Le Chapelier qui interdit toute organisation professionnelle. Pourtant les Canuts ont déjà mis en place des sociétés mutuelles pour faire face aux aléas de la vie et ils disposent depuis 1806 d’un conseil de prud’hommes mais où malheureusement les salariés sont sous représentés.

En 1831, c’est la crise (déjà !), les prix chutent. Les Canuts demandent au préfet Louis Bouvier-Dumolart, et obtiennent qu'une commission paritaire fixe un tarif minimum pour éviter un écroulement des salaires.

Le préfet fait ensuite afficher dans la ville la déclaration suivante : «Si par exception quelques ouvriers honnêtes ont encore des griefs à faire redresser, les voies légitimes leur sont ouvertes, et ils sont assurés d'y trouver une bienveillante justice». Mais en recevant les délégués ouvriers, il a enfreint la loi Le Chapelier (1791) qui interdit les associations ouvrières et cela lui vaut d'être désavoué par Paris. Les patrons jugent intolérable cette intervention de l’État et ils refusent d’appliquer les garanties salariales.

Le 21 novembre 1831, les Canuts cessent le travail et organisent une manifestation qui descend de la Croix Rousse vers le centre de Lyon. La Garde nationale leur barre la route et fait feu, il y aura trois morts.

Les Canuts appellent la population à les rejoindre. Chacun s’arme de pioches, de bâtons, quelques uns ont des fusils. On dresse des barricades des cris des drapeau noir avec comme devise « Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant  ».

Le 22 novembre, c’est l’affrontement, la Garde nationale recule. Les Canuts prennent possession d’une armurerie.

Le 23 novembre les Canuts sont maîtres de la deuxième ville de France ils occupent l’Hôtel de Ville. L’armée comme les autorités ont déserté ,mais ne sachant que faire de leur victoire, les canuts et la garde nationale, qui s'est finalement ralliée à eux, constituent un comité insurrectionnel pour se donner le temps de réfléchir. Ils s'abstiennent soigneusement de tout pillage.

À Paris la nouvelle est un choc pour le gouvernement, le président du Conseil Casimir Perier, élu après les Trois glorieuses, sur un programme de retour à l’ordre, ne peut accepter cet état de fait, pas plus que Louis Philippe qui y voit une menace de retour de la République. 20 000 hommes sous le commandement du Duc d’Orléans et du Maréchal Soult sont envoyés à Lyon.

Voilà le roi Louis-Philippe 1er confronté à sa première révolte sociale à peine plus d'un an après son accession au pouvoir. Le Président du Conseil Casimir Perier, par-dessus tout soucieux d'ordre, envoie 20.000 soldats sous les ordres du maréchal Soult aux portes de Lyon. Ils attendent patiemment que les insurgés se lassent.

Enfin, le 5 décembre 1831, les troupes peuvent entrer dans la ville sans effusion de sang. La garde nationale est désarmée et dissoute, le tarif minimum abrogé et le préfet, jugé trop conciliant, révoqué. Une dizaine de canuts seulement sont traduits en justice... et bientôt acquittés.

Frayeur de la classe bourgeoise .

Casimir Perier déclare à la Chambre des députés : «Il faut que les ouvriers sachent qu'il n'y a de remède pour eux que la patience et la résignation». Il n'aura guère le temps de savourer son succès. Épuisé par le travail, il contracte le choléra lors d'une visite auprès des malades à l'Hôtel-Dieu de Paris et meurt le 16 mai 1832.

Dans le Journal des débats, le 8 décembre 1831, Saint Marc Girardin, conseiller d'État, exprime la frayeur des classes possédantes face à la révolte des canuts, si nouvelle dans son principe : «La sédition de Lyon de 1831 a révélé un grave secret, celui de la lutte intestine qui a lieu dans la société entre la classe qui possède et celle qui ne possède pas.. Notre société commerciale et industrielle a sa plaie comme toutes les autres sociétés ; cette plaie, ce sont les ouvriers. Point de fabrique sans ouvriers, et avec une population d'ouvriers toujours croissante et toujours nécessiteuse, point de repos pour la société [...].

Les barbares qui menacent la Société ne sont point au Caucase ; ils sont dans les faubourgs de nos villes manufacturières».

À nouveau les canuts lyonnais se soulèvent en 1834, après que des meneurs ont été traduits en justice pour avoir dénoncé des baisses de salaires et fait grève. Cette fois, ils trouvent en face d'eux le ministre de l'Intérieur Adolphe Thiers, beaucoup moins accommodant que Casimir Perier. Il laisse les manifestants ériger des barricades puis fait donner la troupe. Celle-ci va méthodiquement reconquérir la ville.

On compte environ 600 morts et 10.000 arrestations au cours de la «Sanglante semaine» du 9 au 15 avril 1834. La répression rassure les possédants sur la détermination du gouvernement à les protéger contre les barbares des faubourgs. C'est un prélude à la «Semaine sanglante» de 1871 par laquelle le même Thiers mettra un terme à la Commune de Paris.

LA RÉVOLTE DES CANUTS
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