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Pour un autre futur !


5/ D' une guerre à l'autre

Publié le 14 Décembre 2012, 12:10pm

5/ D' une guerre à l'autre

La CGT face à la 1ère guerre

Griffuelhes, Pouget et Merrheim freinent le mouvement antipatriotique, conflit de génération entre les anciens et les nouveaux du syndicalisme révolutionnaire. Ils sont conscients des obstacles auxquels se heurte cette propagande antipatriotique, à la fois dans les masses ouvrières et dans le gouvernement, qui n’est pas disposé à tolérer cette forme d’action directe.

A la veille du 16 décembre 1912, le ministre radical de l’intérieur, Steeg, du cabinet Poincaré, fait fermer les bourses du travail, interdit les manifestations, suspend le pouvoir de police des maires récalcitrants.

Lorsque, le 13 juillet 1907, la CGT a voulu organiser une série de meeting contre la fête du 14 juillet considérée comme confisquée par l’armée, il a fallu conclure à un échec devant le petit nombre d’assistants. Sur 122 bourses adhérentes à la CGT, 59 seulement font de la propagande antimilitariste. Le nombre monte en 1911 à 93 sur 153. Mais la grève générale lancée le 16 décembre 1912 à l’occasion de la crise balkanique ne réussit guère que dans les Ardennes, à Lyon et dans certains bassins houillers.

Les événements de 1917 amènent un déplacement des positions. Evolution qu’expliquent l’entrée en guerre des Etats-Unis, la défection de la Russie, la Révolution d’octobre et, avant tout, la prolongation même du conflit.

Le niveau de vie des ouvriers a baissé ; pour remplacer les hommes mobilisés, des femmes ont été embauchées, à des conditions de salaires inférieurs.

Des mouvements de grève apparaissent, de plus en plus nombreux : les femmes sont maintenant les plus ardentes : elles, on ne peut les mobiliser. -

En 1915 : 98 grèves 9 361 grévistes

en 1916 : 314 grèves 41 000 grévistes

en 1917 : 696 grèves 293 810 grévistes.

11 novembre 1918 : l’armistice est signé.

1 500 000 tués ou disparus, 2 800 000 blessés ; la guerre a été faite par le peuple, par les travailleurs qui ont conscience d’avoir sauvegardé leur liberté en préservant l’indépendance de la nation. Ils réclameront plus de justice sociale.

Le syndicalisme britannique et celui des Etats-Unis exercent une influence sur le syndicalisme français et y renforce la tendance réformiste, la tendance révolutionnaire subissant au contraire l’attraction de Moscou.

Les effectifs syndicaux continuent de monter : près de 2 000 000 d’adhérents en 1920.

Jouhaux et la CGT orientent cette poussée vers la journée de 8 heures.

Le gouvernement Clémenceau inquiet prend un certains nombre de mesures législatives :

25 mars 1919 est promulguée une loi sur les conventions collectives

18 janvier 1919 un projet de loi instituant la journée de 8 heures a été déposé par le gouvernement. Etude soumise à une commission extra parlementaire formée par 10 délégués ouvriers et de 10 délégués patronaux. Malgré l’opposition des chambres de commerce, le texte est voté le 13 et 23 avril. Les 8 heures sont conçus comme 8 heures de travail effectif, sans diminution de salaire.

25 juillet 1919 est voté et promulgué la loi « Astier » : une loi organisant l’enseignement professionnel. Elle prévoit que cet enseignement sera obligatoirement suivi jusqu’à 18 ans par les jeunes ouvriers, à moins qu’ils n’aient obtenu antérieurement un certificat d’aptitude professionnel. Un arrêté ministériel désignera les communes où les cours devront être constitués ; si l’initiative privée n’a pas aboutie à des réalisations suffisantes, les communes se verront imposer l’obligation d’en créer. A la même tendance il faut rattacher la loi du 13 mars 1920, qui modifie la loi de 1884, en élargissant les attributions économiques des syndicats, en leur permettant d’ester en justice, d’acquérir sans autorisation des biens meubles et immeubles en les autorisant à créer des habitations à bon marché et des jardins ouvriers.

Ces réformes ne suffisent pas aux masses impatientes. Déjà, l’acquittement de l’assassin de Jaurès, a jeté dans la rue, le 29 mars 1919, plus de 100 000 manifestants.

La CGT assigne, comme revendication essentielle à la manifestation du 1er mai, l’exécution de la loi de 8 heures.

Le gouvernement interdit la manifestation, elle aura lieu quand même : véritable journée d’émeute.

Le mouvement d’ensemble ne se produit pas, la grève générale espérée est un échec. Les révolutionnaires en rejettent la faute sur les réformistes du bureau confédéral.

Année 1920

Après les mineurs et après les ouvriers du bâtiment, les cheminots apparaissent au premier plan de l’action syndicale.

Une première grève éclate sur le PLM en février 1920. La direction riposte en révoquant 300 grévistes. Tous les réseaux entrent à leur tour en grève. La commission administrative de la CGT décide d’appuyer le mouvement. Les minoritaires souhaitent la grève générale, les réformistes (Jouhaux) sont retissant. Revendication : la nationalisation du chemin de fer, élaboration d’une nouvelle échelle de traitement et d’un statut, défense des droits syndicaux.

La grève générale est décidée pour le 1er mai, ce sera un échec. Perquisitions et arrestations se multiplient. Rappel des retraités et des révoqués pour faute professionnelle. Le bureau de la fédération des cheminots est arrêté et emprisonné. Le 7 mai le gouvernement est maître de la situation et annonce qu’il ne négociera pas. La CGT persiste. Le nombre de gréviste est imposant, mais à Paris le trafic continu, le courant ne manque pas, la main d’œuvre militaire remplace les nombreux grévistes dans les industries. Les cheminots du Nord et le l’Est continuent d’amener vers Paris, le charbon belge qui remplace celui que n’extraient plus les mineurs français.

Le 11 mai 1920 le conseil des ministres a engagé des poursuites contre la CGT (perquisitions au bureau et chez les militants).

Le 13 janvier 1921 la CGT est condamnée par la 11ème chambre du tribunal correctionnel à la dissolution.

Le jugement ne sera pas exécuté : Jouhaux, en ayant appelé, obtiens le 7 janvier 1924 un ajournement sine die, de façon à laisser courir le délai de prescription de 3 ans.

1921 : scission : création de la CGTU, au congrès de Bourges en 1923 la CGTU va confirmer son adhésion à l’International Syndicat Rouge (fuite des anarchistes). L’esprit de révolte et la véhémence revendicative qui, entre 1890 et 1910, menait au syndicalisme révolutionnaire, pousse maintenant nombre de jeunes vers le communisme.

Le monde ouvrier aspire à un peu de repos.

La crise de 1929 aux Etat –Unis se fait ressentir en France à partir de 1931. L’aggravation et la prolongation de la crise risquait de profiter, non pas au mouvement ouvrier traditionnel mais à d’autres forces.

L’apparition du fascisme en Italie, l’écroulement en janvier 1933 de la Social Démocratie allemande et des syndicats « libres » qui s’y rattachaient, l’avènement au pouvoir du national-socialisme suscitèrent une émotion profonde.

Le scandale Stavisky, plusieurs milliers de francs détournés dans des opérations financières douteuses grâce à la complaisance de ses relations politiques, parait être le détonateur de la révolte qui suivra.

Le 6 février 1934 à l’appel de diverses organisations d’anciens combattants ou de groupements politiques classés de droite, les croix de feu, la solidarité française, les jeunesses patriotes, l’action française, des milliers de manifestants s’entassent sur la place de la concorde. La manifestation vire à la rixe sanglante. Daladier fait front et sollicite dans la nuit du 6 au 7 les soutiens nécessaires pour mettre un terme à l’émeute. Mais la justice, la police et l’armée ne lui accorde les concours qu’avec parcimonie. 15 morts et près de 1 500 blessés.

7 février le cabinet Daladier démissionne. Pour la première fois depuis 1871, un gouvernement a été renversé par la rue.

La volonté de lutter à l’intérieur des frontières contre le péril fasciste a été le facteur déterminant de l’unité syndicale.

12 février 1934 : les organisations ouvrières réagissent, SFIO, CGT, CGTU, PC. La grève générale est un succès dans l’unité syndicale et politique : 1 000 000 de travailleurs manifestent sans entraves. Cette grève générale à finalité politique est une première dans l’histoire du mouvement ouvrier.

Pour les antifascistes, les ligues sont l’aile avancée de la peste noire italienne ou de la peste brune allemande. Pour la droite, c’est Moscou qui « tire les ficelles » du front populaire. Autant de symptômes de l’internationalisation de la vie politique.

27 juillet 1934 : pacte d’unité d’action entre socialistes et communistes.

14 juillet 1935 : rassemblement populaire (97 organisations : CGT réunifiée, commuté antifasciste, ligue des droits de l’homme…) où un serment sera lu et acclamé et deviendra la charte constitutive du rassemblement populaire. C’est le coup d’envois du Front Populaire.

26 avril et 3 mai 1936 : c’est la victoire électorale du Front Populaire.

Le 4 juin, Léon Blum est officiellement désigné président du conseil. Les communistes ont opté pour un soutien sans participation ; socialiste et radicaux constituent le gouvernement.

Pour la 1ère fois dans l’histoire nationale, 3 sous-secrétariats sont confiés à des femmes : l’éducation nationale, la santé publique et la recherche scientifique.

Au lendemain de la victoire électorale du front Populaire, un puissant mouvement de grève paralyse la France. Les négociations engagées entre syndicats et patronat sous les auspices du nouveau président du Conseil, Léon Blum, aboutissent, dans la nuit du 7 au 8 juin 1936, à la signature des accords de Matignon, qui prévoient :

La généralisation des conventions collectives

L’augmentation des salaires

L’établissement du droit syndical dans l’entreprise

Deux lois viennent les compléter :

La semaine de 40 heures

15 jours de congés payés par l’entreprise sans diminution de salaire

La taylorisation de l’industrie française constitue sans doute la cause la plus profonde de cette explosion sociale (la déqualification massive s’accompagne d’une modification dans le régime des salaires et la généralisation du salaire au rendement fait peser la hantise des cadences).

Le « système Bedaux », permet le calcul du rendement individuel, pénètre des secteurs jusqu’alors épargnés par la rationalisation, comme les mines, où le nombre d’accidents mortel passe de 48 pour 10 000 en 1932 à 79 pour 10 000 en 1935.

La grève de juin 1936 est un cri de délivrance. L’expression d’une dignité reconquise.

Ce mouvement en grande partie spontanée est né en dehors des organisations syndicales, grève festive et responsable (surveillance et entretien des machines) par occupation (éviter l’embauchage de briseurs de grève). Ce mouvement a été rapidement grossi de millions d’hommes et de femmes non syndiqués. Les organisations syndicales sont intervenues pour le limiter et le canaliser. Pour le limiter : si la grève n’a pas gagné les services publics, paralysé l’alimentation, menacer dangereusement la vie même du pays, c’est parce que les organisations syndicales ont engagé leur autorité (les révolutionnaires crient à la révolution trahie). Il n’y a aucun usage de la police pour éviter les conflits sanglants.

Programme :

Politique de grands travaux (électrification des campagnes, construction de ponts, écoles, routes, stades)

Moderniser l’économie en développant la productivité et en exploitant plus rationnellement l’empire colonial. Ces mesures demeurent inscrites dans le cadre d’une économie libérale. Elles doivent permettre une redistribution plus équitable des fruits de la croissance.

Réalisations :

Prolongation de la scolarité jusqu’à 14 ans, 5 000 nouveaux postes d’instituteurs sont créés,

Démocratisation de l’enseignement, école unique (placer tous les enfants sur une même base quelles que soient leurs origines sociales)

Réforme du statut de la Banque de France, supprime le conseil des régents qui représentait les seuls 200 plus gros actionnaires en un conseil général (sont présents tous les représentants des actionnaires, du personnel de l’Etat, des artisans, des commerçants, des syndicats ouvriers).

Office national du blé garantit le cours des céréales (et donc le revenu des agriculteurs).

Les industries de guerres sont soustraites aux « marchands de canons » et nationalisées à des fins de moralisation de la vie économique.

1937, la SNCF est crée.

Une certaine reprise se dessine, mais s’enraye des le début 1937. Le patronat qui se sent menacé se garde d’investir. Les capitaux se réfugient à l’étranger. La production industrielle stagne, les importations augmentent, les prix également (par la hausse des prix, le patronat cherche à esquiver la charge des lois sociales) interdisant au pays de sortir de la crise.

La presse hostile au Front Populaire représente la majeure partie de la presse paressant en France.

Les puissances d’argent, c'est-à-dire la haute banque et la finance, l’industrie lourde, le patronat organisé, la grande propriété agricole, renverseront le Front Populaire par différents moyens : troubles des consciences, évocation du péril extérieur, manœuvres contre la monnaie et comme coup de grâce, le refus des moyens financiers.

Le 9 avril 1938, Daladier constitue son 3ème gouvernement avec des adversaires notoires du Front Populaire (Reynaud, Mandel). Le serment prêté le 14 juillet 1935 se trouve définitivement violé par les radicaux : c’est la fin du Front Populaire.

Le discours de Paul Reynaud (ministre des finances dans le gouvernement Daladier) à la radio, le 12 novembre 1938, à la veille du congrès de Nantes de la CGT, a fait connaître les grandes lignes des « décrets-lois » : suppression de la semaine «  des deux dimanches », augmentation de l’impôt sur les salaires et des droits de consommation, suspension des grands travaux, licenciement de 40 000 cheminots.

Placé avant le congrès, le gouvernement pousse la CGT à l’action pour mieux briser la force qu’elle représente.

13 novembre 1938 : congrès de la CGT à Nantes.

Le 30 novembre 1938, une grève générale organisée par la CGT se solde par un échec, qui permet de liquider ce qui demeurait d’acquis sociaux, congés payés exceptés.

Le gouvernement refuse l’amnistie aux grévistes poursuivis ou sanctionnés

23 août 1939, signature du pacte de non-agression germano-soviétique. Les communistes approuvent le pacte dans l’ensemble.

25 septembre 1939 la commission administrative de la CGT décide alors de considérer comme en dehors de l’organisation syndicale toutes les fédérations, toutes les unions, tous les syndicats et tous les militants qui n’auraient pas publiquement désavoué le pacte.

Les communistes quittent la CGT, c’est la 2ème scission.

Le 29 septembre 1939, le parti communiste est interdit au gouvernement.

Les communistes n’ont pas la possibilité de constituer, (au moins publiquement), des syndicats nouveaux et une confédération distincte. Ils sont condamnés à la clandestinité.

14 juin 1940, Paris voit défiler l’armée allemande.

10 juillet, l’assemblée nationale donne les pleins pouvoirs constitutionnels au Maréchal Pétain à Vichy (Laval est vice président).

9 novembre 1940, un décret signé par Belin (ex syndicaliste, aujourd’hui ministre de la production et du travail) ordonne la dissolution de la CGT et de la CFTC, de la Confédération des Syndicats Professionnels, de la Confédération Générale du Patronat Français, du Comité des Forges et du Conseil des Houillères.

Vichy entend substituer aux syndicats une forme d’organisation corporatiste par le biais de la Charte du Travail (14 octobre 1941).

11 novembre 1940, manifestation de lycéens et d’étudiants défiant l’occupant en plein Paris. 1er acte d’opposition publique à l’occupation allemande.

15 novembre 1940, un texte est rendu public : le Manifeste des Douze. Pour la 1ère fois dans l’histoire du mouvement ouvrier français, neuf responsables importants de l’ex CGT et trois dirigeants de la CFTC, dont le président et le secrétaire signent conjointement un texte qui témoigne de la prise de conscience de la nature répressive et liberticide du régime.

Le Manifeste des Douze est également l’occasion pour les syndicalistes de créer le mouvement de Résistance Libération-Nord.

27 mai au 5 juin 1941, grève des mineurs du Nord, 100 000 grévistes, 1 400 mineurs arrêtés, 240 déportés, 100 fusillés. Les mineurs encadrés par des militants communistes mènent une grève contre la dégradation des conditions de travail où se mêlent des sentiments patriotiques.

22 juin 1941, l’armée allemande entre en guerre contre l’URSS. Le PCF s’engage totalement dans la lutte et recourt à des actions violentes (avril 1942 création des FTP, Francs-Tireurs et Partisans).

Les deux tendances de la CGT se rapprochent.

L’action syndicale est surtout clandestine : réseaux de renseignements, sabotages, attentats individuels, paralysie des moyens de transport.

Mai 1942, création du Mouvement Ouvrier Français, syndicalisme de résistance (CGT, CFTC).

17 avril 1943, est couché l’Accord de Perreux. L’unité de la CGT est reconstituée. Le Nouveau bureau clandestin est composé de 5 sièges attribués à la tendance Frachon (communiste).

La réunification a permis :

La radicalisation du conflit,

L’augmentation importante des effectifs,

Les syndicats s’imposent dans les organisations de résistance.

Les communistes conquièrent la majorité des directions syndicales de la CGT.

L’engagement d’une partie importante du mouvement ouvrier français dans la lutte pour la libération nationale a permis au syndicalisme français de retrouver une légitimité.

La CGT joue un rôle essentiel dans les réformes économiques et sociales à la libération. Sur les 22 rapports ou proposition déposés à l’assemblée consultative concernant les comités d’entreprises, la sécurité sociale ou les nationalisations, 9 sont le fait des membres de la CGT.

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