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Pour un autre futur !


1891, l’affaire de Clichy

Publié le 25 Janvier 2013, 13:46pm

1891, l’affaire de Clichy

Le 1er mai 1891, une bagarre avait en effet éclaté dans la banlieue parisienne entre les « forces de l’ordre » et les anarchistes qui revenaient d’une manifestation. Les compagnons étaient armés, les agents aussi. Des coups de feu claquèrent. Un des anarchistes, Léveillé, eut la cuisse traversée d’une balle. Conduits au commissariat de Clichy, les anarchistes détenus furent passés à tabac par les agents déchaînés.

Trois mois plus tard, Decamps et Dardare étaient lourdement condamnés (5 ans et 3 ans de prison) après que l’avocat général eût requis pour le premier le châtiment suprême. Léveillé était acquitté.

Voici un extrait de la défense de ce dernier :

« Je ne chercherai pas à provoquer votre indignation par le récit des traitements qui nous ont été infligés. Qu’il vous suffise de savoir, Messieurs, que, la cuisse traversée par une balle, lorsque, dévoré par la fièvre et en proie à de cruelles souffrances, je demandais de l’eau pour nettoyer ma blessure, on me répondait par des coups de bottes et de crosse de révolver. Qu’il vous suffise de vous rappeler que cette douloureuse agonie a durée pendant six fois 24 heures et que je suis resté sans soins jusqu’au 20 mai, c'est-à-dire pendant 20 jours.

Cependant, Messieurs, en temps de guerre, alors que les instincts les plus féroces ont libre cours, il est de règle absolue que les blessés tombés aux mains de l’ennemi soient soignés, et les prisonniers respectés.

Mais, pour les hommes de police, nous sommes plus que des ennemis, parce que nous sommes des révolutionnaires, des anarchistes.

Aussi, ne faut-il pas s’étonner que l’accusation vise contre nous la peine de mort.

Et pourquoi ?

Parce que, adversaires résolus de l’Autorité qui affame, humilie, emprisonne et tue, nous voulons le triomphe de l’Anarchie ; de l’Anarchie, qu’on vous représente toujours comme une doctrine de haine et de violence, et qui n’est en réalité qu’une doctrine de paix, de fraternité, d’amour ; puisque l’Anarchie a pour but de substituer la solidarisation des intérêts individuels à leur antagonismes, et de remplacer la concurrence, source de tous les dualismes, de toutes les animosités, de tous les crimes sociaux, par l’association et l’harmonie universelle. (…)

L’Anarchie, qui, dans l’état actuel des choses, n’est et ne peut être que la négation du système autoritaire tout entier, n’est et ne peut être, en période de lutte, que la pratique de la désobéissance, de l’insoumission, de l’indiscipline, en un mot de la révolte. »

Réf : « Ravachol et les anarchistes » présentés par Jean Maitron, 1964, collection archives Julliard

Les brutalités policières et les condamnations sont perçues comme un défi par les anarchistes.

Ravachol fut l’instigateur de 2 attentats contre les magistrats impliqués dans l’affaire de Clichy.

A l’aide d’une marmite explosive qu’il dépose au domicile du juge Benoit, 136 boulevard Saint-Germain, il pulvérise aussi sec l’édifice. Le 27 mars, c’est la maison du substitut Bulot, rue de Clichy, qui subit sa colère.

A chaque fois des blessés et d’importants dégâts.

L’anarchiste déclare : « j’ai fait ceci d’abord parce que Monsieur Benoit a porté une sentence injuste contre Decamps et ses amis. Le jury avait demandé une sentence minimum, il donna le maximum. Deuxièmement, parce qu’il n’y avait eu aucune publicité sur le mauvais traitement qu’ils avaient reçu à la station de police de Clichy. »

Réf : « Emile Pouget la plume rouge et noire du Père Peinard » Xose Ulla Quiben, les éditions libertaires, 2006.

Ravachol : « je veux simplement vous donner l’explication de mes actes et vous dire comment j’ai été amené à les accomplir.

Je suis anarchiste depuis peu de temps. Ce n’est guère que vers le milieu de l’année 1891 que je me suis lancé dans le mouvement révolutionnaire. Auparavant, j’avais vécu dans les milieux entièrement imbus de la morale actuelle. J’avais été habitué à respecter et même à aimer les principes de patrie, de famille, d’autorité et de propriété..

Mais les éducateurs de la génération actuelle oublient trop fréquemment une chose, c’est que la vie, avec ses luttes et ses déboires, avec ses injustices et ses iniquités, se charge bien, l’indiscrète, de dessiller les yeux des ignorants et de les ouvrir à la réalité. C’est ce qui m’arriva, comme il arrive à tous. On m’avait dit que cette vie était facile et largement ouverte aux intelligents et aux énergiques, et l’expérience me montra que seul les cyniques et les rampants peuvent se faire bonne place au banquet.

On m’avait dit que les institutions sociales étaient basées sur la justice et l’égalité, et je ne constatai autour de moi que mensonges et fourberies.

Chaque jour m’enlevait une illusion.

Partout où j’allais, j’étais le témoin des mêmes douleurs chez les uns, des mêmes jouissances chez les autres.

Je ne tardai pas à comprendre que les grands mots qu’on m’avait appris à vénérer : honneur, dévouement, devoir, n’étaient qu’un masque voilant les plus honteuses turpitudes.

L’usinier qui édifiait une fortune colossale sur le travail de ses ouvrier, qui, eux, manquaient de tout, était un monsieur honnête.

Le député, le ministre dont les mains étaient toujours ouvertes aux pots-de-vin, étaient dévoués au bien public.

L’officier qui expérimentait le fusil nouveau modèle sur des enfants de 7 ans avait bien fait son devoir et, en plein Parlement, le président du conseil lui adressait ses félicitations ! Tout ce que je vis me révolta, et mon esprit s’attacha à la critique de l’organisation sociale. Cette critique a été trop souvent faite pour que je la recommence.

Il me suffira de dire que je devins l’ennemi d’une société que je jugeais criminelle. »

Réf : « Ravachol et les anarchistes » présentés par Jean Maitron, 1964, collection archives Julliard.

Anarchie – anarchiste

Il n’y a, il ne peut y avoir ni credo, ni catéchisme libertaires.

Ce qui existe et ce qui constitue se qu’on peut appeler la doctrine anarchiste, c’est un ensemble de principes généraux, de conceptions fondamentales et d’applications pratiques sur lesquels l’accord s’est établi entre individus qui pensent en ennemis de l’Autorité et luttent, isolément ou collectivement, contre toutes les disciplines et contraintes politiques, économiques, intellectuelles et morales qui découlent de celle-ci.

Il peut donc y avoir et, en fait, il y a plusieurs variétés d’anarchistes mais toutes ont un trait commun qui les sépare de toutes les autres variétés humaines. Ce point commun, c’est la négation du principe d’Autorité dans l’organisation sociale et la haine de toutes les contraintes qui procèdent des institutions basées sur ce principe.

Ainsi, quiconque nie l’Autorité et la combat est anarchiste. (…)

L’Autorité revêt trois formes principales engendrant trois groupes de contraintes :

1.La forme politique : l’Etat

2.La forme économique : le Capital

3.La forme morale : la Religion

Réf : Sébastien Faure, encyclopédie anarchiste.

Extrait de la Marseillaise fourmisienne :

Allons, forçats des filatures

Le Premier Mai vient de sonner

Las enfin de tant de tortures

Levons-nous pour manifester (bis)

Des exploiteurs, la race infâme

Vient de conclure un pacte odieux

Affamant nos enfants, nos femmes

Nous réduisant au sort des gueux.

*

Mais quelle est cette troupe armée

Qui s’avance, l’air menaçant

Quoi, la bourgeoisie alarmée

En voudrait-elle à notre sang !

Pour défendre leurs privilèges

Les capitalistes tyrans

Vont-ils, horrible sacrilège

Par le plomb, décimer nos rangs ?18

Références

1,2 et 3 : page 114 « Les grandes luttes de la France ouvrière » d’Alain Rustenholz ed. Mathilde Kressmann, 2008.

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